| Revue des Deux-Mondes
- 1er juillet 1896 ...Parmi ces audacieux, en quète de nouveautés, on a remarqué M. Charpentier (...) qui a tenté de nous rendre, par une création plastique, l'émotion éprouvée par l'homme devant certains phénomènes naturels. (...) Pour l'Etoile Filante, appelé aussi : le Globe endormi, la difficulté énorme était de donner, par des figures mates, palpables et stables, l'idée d'un mouvement rapide dans un objet lumineux et insaisissable. Comment le sculpteur s'en est-il tiré ? Il ne s'en est pas tiré, et, sans le secours du livret, on ne saurait vraiment à quel genre d'exercice se livre cette jolie femme, allongée sur un nuage, comme une nageuse, et filant, en effet, au dessus d'une sorte de géant, gisant sur le sol, la tête dans ses mains, prosterné, terrassé, replié, qui représente sans doute la terre, la réalité, je ne sais quoi, épouvantée et vaincue par la fuite de l'idéal. Ce n'est point clair pour l'esprit, ce n'est point satisfaisant pour les yeux. En thèse générale, l'emploi en sculpture, dans une matière dure et opaque, de la nuée, de la vapeur, de l'air, de toutes les choses vagues, impalpables ou impondérables, est toujours, pour l'oeil, un désagréable étonnement.(...) L'étonnement qu'on éprouve devant la disposition bizarre et incompréhensible de M. Charpentier, et devant l'étrange silhouette qui lui donne, de loin, avec sa base étroite et son couronnement allongé, l'aspect d'une superposition d'objets mal équilibrés et prêts à choir, dispose mal à y reconnaître un talent d'exécution remarquable, de la beauté, de la vigueur, de la souplesse. Ce n'est pas la première fois que M. Charpentier compromet, en des aventures étranges, sa bonne renommée de sculpteur, et l'on peut regretter qu'il ne s'en tienne pas à des conceptions moins tourmentées où ses grandes qualités se développeraient plus naturellement. Lafenestre. |
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